Teka-her

Teka-her
Divinité égyptienne
Caractéristiques
Nom en hiéroglyphes
X1
D28
Q7D2
Z1
Translittération Hannig tkȝ-ḥr
Représentation serpent
Région de culte Égypte antique

Teka-her, littéralement « Celui au visage éclairé », est un serpent monstrueux de la mythologie égyptienne. Dieu gardien et protecteur, il est décrit dans le Livre des Portes comme l'un des surveillants de la Douât, le monde souterrain des morts. Il est posté devant le battant de la porte d'entrée de la Quatrième Heure de la nuit. Il est assisté dans sa tâche, entre-autres, par Amou, dieu momiforme à tête de chacal.

Étymologie

Le théonyme Teka-her signifie « Celui au visage éclairé » ou « L'illuminé de visage » ; traduction de l'Égyptien ancien teka « torche, flamme, illuminer » et her « face, visage »[1].

Mythologie

Généralités

En Égypte antique, la course du Soleil a inspiré une littérature très développée. La piété des croyants s'est notamment exprimée à travers une centaine d'hymnes à , le dieu solaire. Les particuliers instruits adressaient ces hommages à l'astre diurne aux moments cruciaux de la journée (aube, midi, coucher)[n 1]. La plupart de ces textes ont été retrouvés inscrits sur leurs cercueils ou dans leurs chapelles et tombeaux funéraires[2]. En parallèle, s'est mis en place, au Nouvel Empire, un savoir initiatique réservé aux seuls pharaons. Cet enseignement ésotérique s'expose sur les sarcophages et sur les parois des tombes souterraines de la Vallée des rois[3]. Plusieurs compositions sont connues dont le Livre de l'Amdouat et le Livre des Portes[4],[5]. Dans ces écrits religieux, textes et images s’entremêlent afin de présenter la géographie du monde souterrain des morts. Il y est aussi exposé ce qui se passe durant les douze heures de la nuit lorsque Rê voyage d'ouest en est à travers cette contrée. Le parcours du Soleil est présenté comme une gigantesque procession nautique naviguant sur un Nil souterrain. Depuis les rives, les âmes des défunts acclament le passage du cortège. Au petit matin, Le Soleil réapparaît aux yeux des vivants dans l'Horizon oriental pour leur plus grande joie[6].

Selon ces écrits, le monde souterrain est peuplé par une multitude d'esprits dangereux[7]. Ces derniers sont chargés des tâches les plus ingrates comme torturer les âmes damnées ou surveiller les routes tels des policiers. Armés de couteaux, leur apparence est cauchemardesque ; être humain à tête de chacal, de scarabée, de tortue ; serpent gigantesque comme dans le cas de Teka-her[8]. La momie d'Osiris, le dieu assassiné, repose au fond de cet infra-monde[9]. Mais, même là, elle ne serait point à l'abri des attaques de Seth, le meurtrier, sans la protection d'une importante garde rapprochée[10]. Les chemins de la Douât sont ainsi barrés par une multitude de points de contrôle (portails géants, collines hantées, nautoniers récalcitrants)[n 2]. Les lieux de passage les plus notables sont les portes des douze heures de la nuit. Là, à chaque arrêt, même le dieu soleil doit montrer patte blanche et affirmer sa puissance. Seul devant Rê et ses proches, ces génies-gardiens baissent les armes et ouvrent les portes[11],[12].

Rôle et fonction

image en noir et blanc
Le serpent Teka-her, gardien de la 4e Porte - Relevé du Livre des Portes depuis le sarcophage de Séthi Ier.

Dans le Livre de l'Amdouat, le serpent Teka-her est mentionné dans la 3e Heure de la nuit (registre médian, scène 2). Participant à la procession divine nocturne, il est debout sur une embarcation nommée « Barque approvisionnée ». Il est en compagnie de cinq autres divinités. Trois d'entres elles sont des formes d'Horus. À l'avant et à l'arrière de la barque sont présents deux barreurs. Le premier est doté d'un nom très similaire à celui de Teka-her. Il s'appelle Nib-her « Celui au visage enflammé ». Le nom du second barreur nous est inconnu[13].

Dans le Livre des Portes l'accent est notamment mis sur les douze aryt, les portails enflammés qui séparent les différentes heures de la nuit. À la 4e Heure, la procession solaire arrive devant la porte « Celle qui est construite »[n 3]. Le passage est entre-autres gardé par deux serpent-uræus et deux dieux momiformes à tête de chacal Amou « L'Avaleur » et Tekmy « L'Approcheur ». Le dieu-gardien Teka-her surveille le battant de la porte sous la forme d'un long serpent debout, dressé sur la pointe de sa queue. Le dieu Sia, fils de Rê, lui adresse un ordre très explicite : « Ouvre ta porte pour Rê ! Ouvre en grand ta porte pour l'Horizontain car il illumine les ténèbres compactes et il permet d'éclairer dans la chambre cachée ». La chambre cachée est le tombeau d'Osiris situé derrière la porte de la 5e Heure et où se déroule le jugement des morts[14]. Osiris est aussi celui sur la momie duquel Rê veut se poser, ceci pour ne plus faire qu'un avec lui afin de se régénérer[15]. Dès que Rê est passé, la porte de Teka-her se referme afin de barrer la route aux damnés. Ceci est conforme à un commandement énoncé par Rê[16],[17] : « Que votre destruction vise mes ennemis que vous avez enregistrés pour la place d'anéantissement ! Si je suis venu ici, c'est pour assigner mes cadavres et pour causer du tort à mes ennemis »[18].

Notes et références

Notes

  1. Pour avoir un aperçu de la littérature hymnique égyptienne, lire : Barucq et Daumas 1980.
  2. Dans le Livre des Morts, les chapitre 144 à 150 sont consacrés à ce sujet. Lire aussi : Anubis : Protecteur de la momie d'Osiris.
  3. Les égyptiens n'ont pas numéroté les heures et les portails. Aussi selon l'interprétation des égyptologues, une même scène peut être numérotée différemment selon les traductions. Cette 4e Heure peut être présentée comme la 5e et la 5e comme la 6e.

Références

  1. Y. Bonnamy, A. Sadek, Dictionnaire des hiéroglyphes, Arles, Actes sud, 2010, pages 425, 722
  2. Barucq et Daumas 1980, p. 21-23
  3. Hornung 2007, p. 63-65.
  4. Assmann 2003, p. 282-321 : chapitre 8, « La mort, mystère ».
  5. Hornung 2007, p. 63-67 et 92-107.
  6. Hornung 2007, p. 92-104.
  7. Meeks 1971, p. 44-47
  8. Corteggiani 2007, p. 294-295 et 120-122.
  9. Assmann 2003, p. 199-200.
  10. Assmann 2003, p. 114-117, 128.
  11. Corteggiani 2007, p. 155-156.
  12. Carrier 2009, p. 204.
  13. Carrier 2009, p. 90.
  14. Hornung 2007, p. 99-100.
  15. Assmann 2003, p. 282-289.
  16. Carrier 2009, p. 204-205.
  17. Budge 1905, p. 139-141.
  18. Carrier 2009, p. 212.

Voir aussi

Bibliographie

  • Jan Assmann, Mort et au-delà dans l'Égypte ancienne, Monaco, Édition du Rocher,
  • André Barucq et François Daumas, Hymnes et prières de l'Égypte ancienne, Paris, Le Cerf,
  • (en) E.A. Wallis Budge, The Egyptian Haeven and Hell, Londres, Kegan Paul, Trench, Trübner & Company,
  • Claude Carrier, Grands livres funéraires de l'Égypte pharaonique, Paris, Cybèle,
  • Christian Jacq, Paysages et paradis de l'aure monde selon l'Égypte ancienne, Paris, Maison de Vie éditeur,
  • Jean-Pierre Corteggiani, L'Égypte ancienne et ses dieux, Paris, Fayard,
  • Erik Hornung, Les textes de l'au-delà dans l'Égypte ancienne, Monaco, Éditions du rocher,
  • Dimitri Meeks, « Génies, anges et démons en Égypte », Sources orientales VIII, Paris, Le Seuil,‎
  • (en) Patricia Turner, Charles Russell Coulter, Dictionary of Ancient Deities, Oxford University Press US, , 608 p. (ISBN 9780195145045)

Articles connexes