Palaegithalus cuvieri

Palaegithalus cuvieri
Description de cette image, également commentée ci-après
L'empreinte du fossile dessinée par Georges Cuvier (1812)[1].
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Aves
Ordre Piciformes
Famille  Sylphornithidae

Genre

 Palaegithalus
Milne-Edwards, 1871

Espèce

 Palaegithalus cuvieri
(Gervais, 1852)

Synonymes

Palaegithalus cuvieri, initialement décrit sous le nom de Sitta cuvieri, est une espèce fossile d'oiseaux datant de l'Éocène supérieur, soit datée d'environ 34 à 37 millions d'années. Ce petit oiseau aux longues pattes est formellement décrit par Paul Gervais en 1852, à partir d'un « ornitholithe » trouvé en 1781 dans les carrières de Montmartre et précédemment étudié par Robert de Lamanon, Alberto Fortis et Georges Cuvier, l'épithète spécifique étant dédiée à ce dernier.

D'abord placé par Gervais dans le genre Sitta (les sittelles), sa véritable appartenance au groupe des Sittidae est ensuite discutée. Transféré un temps chez les Paridae ou chez les Motacillidae, il semble en réalité ne même pas appartenir à l'ordre des Passeriformes (les passereaux). Si son placement systématique est encore aujourd'hui incertain en raison du mauvais état du fossile, l'espèce est tout du moins placée dans un genre propre, Palaegithalus, lui-même placé dans sa propre famille des Palaegithalidae ou rapproché des Sylphornithidae, un groupe de l'Éocène proche de la racine de l'ordre des Piciformes et dont les membres sont caractérisés par un tarso-métatarse extrêmement long et fin.

Morphologie

Dessin de la contre-empreinte et l'empreinte du fossile, publié chez Alphonse Milne-Edwards (1871)[2].

Le seul fossile connu présente un squelette dans un très mauvais état de conservation, et peu de choses peuvent être dites de l'anatomie de P. cuvieri[3].

D'après Alphonse Milne-Edwards, la tête est volumineuse, avec la région crânienne bien développée. Le bec est grêle et peu allongé. Le tarso-métatarse mesure 1,5 cm, le tibia 2,3 cm. L'humérus mesure 1,3 cm, le cubitus 1,4 cm et le métacarpe 0,8 cm[2].

Gerald Mayr rapproche le fossile des Sylphornithidae, décrits comme de petits oiseaux à longues pattes, et qui se caractérisent par un tarso-métatarse extrêmement long et fin, dont l'extrémité distale est très large et porte de petites trochlées[3].

Taxinomie et systématique

Histoire du spécimen

Dessin de la contre-empreinte publié chez Robert de Lamanon (1782)[4].

Lors d'une promenade lithologique dans les carrières de gypse de Montmartre le 2 novembre 1781, Jean Darcet sauve de la destruction des ouvriers des plâtrières un « oiseau pétrifié de la plus belle conservation »[4], constitué d'une empreinte et d'une contre-empreinte. Il confie ces objets au naturaliste Robert de Lamanon, ainsi que la charge de communiquer cette découverte. Lamanon décrit longuement le fossile en 1782 dans les Observations et mémoires sur la physique, sur l'histoire naturelle et sur les arts et métiers (aussi appelé « Journal de Physique »)[5], en accompagnant son commentaire d'un dessin, sans cependant lui donner de nom. Le dessin associé fait distinctement apparaître des traces de plumes sur une des ailes, dépliée, et sur la queue, mais l'auteur précise que ces phanères n'ont laissé qu'une trace diffuse[4].

L'ornitholithe de Montmartre chez Alberto Fortis (1800)[6].

Alberto Fortis considère la découverte peu probante, et après que Darcet l'eut autorisé à étudier le spécimen, il écrit en 1800 qu'il est incertain si cet ornitholithe provient d'une couche originaire de gypse ou s'il résulte d'une concrétion d'origine plus récente. En outre, selon Fortis le dessin associé aux écrits de Lamanon n'est pas fidèle à l'objet, et « a contribué à accréditer un fait tout au moins très sujet à caution », si bien qu'il en publie une seconde reproduction, exagérant les inégalités de la roche et diminuant les empreintes des os[1]. Fortis y voit une grenouille ou un crapaud, et récuse l'existence de fossiles d'oiseaux d'ancienne date[6],[1].

En 1812, Georges Cuvier, père de la paléontologie en tant que science, mentionne à nouveau ce fossile dans le tome 3 de son travail sur les Ossements fossiles. Pour lui, si l'imagination de Lamanon l'avait vraisemblablement aidé à voir des plumes à l'aile et à la queue du fossile, il n'en demeure pas moins que les réserves de Fortis sont exagérées, et que l'objet constitue bien un ornitholithe. L'une des deux ailes est en bon état, avec l'avant-bras, le métacarpe et le commencement du grand doigt bien visibles, la seconde aile et le bec sont en moins bon état, et les pattes et les os du corps ont perdu leurs caractères[1].

En 1852, Paul Gervais publie la description formelle de ce fossile, en dédiant le nom d'espèce à Georges Cuvier[7], dont les recherches[8],[9],[1] ont rendu célèbre le gisement de Montmartre[10]. L'empreinte et la contre-empreinte sont aujourd'hui déposées au Muséum national d'histoire naturelle sous les numéros de musée « MNHN 7975 » et « MNHN 7976 »[11].

Distribution stratigraphique

L'holotype provient de couches géologiques de l'Éocène supérieur[11], soit datant de 33,9 à 37,2 millions d'années.

Placement systématique

Une Sittelle torchepot (Sitta europaea caesia), au bec fort, allongé et conique.

Dans son signalement en 1782, Robert de Lamanon décrit l'oiseau comme pas plus grand qu'une fauvette, rappelant « les oiseaux qui fréquentent les bords des eaux, se nourrissent d'insectes et de vers[4] ». Georges Cuvier ne fait aucune conjecture quant au placement systématique de l'espèce, et estime qu'il est « bien assez d'avoir montré l'existence de la classe des oiseaux parmi les fossiles »[1]. Lors de la description originale, Paul Gervais n'est pas certain de l'appartenance du fossile au genre Sitta mais ne l'y place qu'à titre provisoire[7] :

« Ce qui reste de la tête nous montre que le bec était fort, assez allongé et conique, ce qui le faisait ressembler assez à celui des Pics, et plus encore des Sittelles. C'est en considération de la forme du bec et de celle des pieds que j'ai rapproché de ce dernier genre le fossile des plâtrières dont il est ici question, et, quoique je n'affirme pas que ce soit réellement un Sitta, je l'inscrirai provisoirement sous le nom de Sitta? Cuvieri. »

— Paul Gervais, 1852

Dans un ouvrage recensant les découvertes paléontologiques des oiseaux de France publié en 1871, Alphonse Milne-Edwards considère que le fossile présente une tête rappelant les fauvettes (genre « Sylvia »), et des pattes semblables à celles de mésanges (« Parus ») ou de parulines (« Parula »), trois genres dont la composition a depuis énormément changé. Il déplace l'espèce vers un nouveau genre, Palaegithalus, le traitant parmi les passereaux tout en lui trouvant de grandes différences d'avec les sittelles[2] :

« Si l'on compare le squelette de l'oiseau fossile à celui des représentants vivants [du genre Sitta], il est impossible de ne pas y reconnaître des particularités distinctives d'une grande importance, tirées principalement de la forme de la tête et des proportions générales. Ainsi, chez les Sittelles, le corps est notablement plus trapu, les ailes sont plus courtes, et les tarso-métatarsiens sont comparativement plus petits. Le crâne est moins gros par rapport au bec, qui est plus long et plus pointu. »

— Alphonse Milne-Edwards, 1871

En 1933, ce fossile est considéré comme appartenant à la famille des Paridae par Kálmán Lambrecht[12], et est également attribué provisoirement à cette famille par Robert W. Storer en 1960[13], puis rattaché en 1970 à la famille des Motacillidae par Jean Brunet[14]. Pierce Brodkorb mentionne le taxon en 1978 dans son catalogue des oiseaux fossiles : si la famille de ce fossile est incertaine, il n'appartient du moins pas aux Sittidae[15].

Position possible de P. cuvieri
parmi les Piciformes[16] :

En 1979, Colin Harrison le place dans une nouvelle famille créée pour le genre Palaegithalus, les Palaegithalidae[17]. En 1998, Gerald Mayr le rapproche des Sylphornis et propose de le considérer comme un synonyme de ce genre[18]. En 2002, Jiří Mlíkovský considère que le placement systématique de ce taxon reste incertain et le traite comme incertae sedis[11], mais à partir de cette même année Gerlad Mayr propose de placer l'espèce dans la famille des Sylphornithidae[18],[19]. C'est une famille décrite de l'Éocène supérieur des phosphorites du Quercy, en 1988, par Cécile Mourer-Chauviré[20] afin d'y placer Sylphornis bretouensis, oiseau contemporain et de même taille que P. cuvieri, et qui est elle-même placée près de la racine de l'ordre des Piciformes[21],[3]. Cependant, le mauvais état de préservation de crâne ne permet pas une assignation définitive, et le fossile pourrait également appartenir aux Zygodactylidae, de petits oiseaux aux tarso-métatarses longs et fins et aux longs orteils[3].

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

  • (fr) Robert de Paul de Lamanon, « Description de divers fossiles trouvés dans les carrières de Montmartre près Paris, et vues générales sur la formation des pierres gypseuses », Observations et mémoires sur la physique, sur l'histoire naturelle et sur les arts et métiers, vol. 19,‎ (lire en ligne).
  • (fr) Georges Cuvier, Recherches sur les ossemens fossiles de quadrupèdes, t. 3, (lire en ligne), « Mémoire sur les ossemens d'oiseaux qui se trouvent dans les carrières de pierres à plâtre des environs de Paris ».
  • (fr) Paul Gervais, Zoologie et Paléontologie françaises (Animaux vertébrés), ou Nouvelles recherches sur les animaux vivants et fossiles de la France, t. 1, Paris, Arthus Bertrand, 1848-1852 (lire en ligne), (atlas des planches).
  • (fr) Alphonse Milne-Edwards, Recherches anatomiques et paléontologiques pour servir à l'histoire des oiseaux fossiles de la France, vol. 2, Paris, G. Masson, 1869-1871, 627 p. (lire en ligne).
  • (de) Gerald Mayr, « “Coraciiforme” und “piciforme” Kleinvögel aus dem Mittel-Eozän der Grube Messel (Hessen, Deutschland) », Courier Forschungsinstitut Senckenberg, vol. 205,‎ , p. 1-101.
  • (en) Gerald Mayr, Paleogene Fossil Birds, , 262 p. (DOI 10.1007/978-3-540-89628-9_16), « Arboreal Birds », p. 169–204.

Notes et références

  1. a b c d e et f Cuvier (1812)
  2. a b et c Milne-Edwards (1871), p. 378
  3. a b c et d Mayr (2009)
  4. a b c et d Lamanon (1782)
  5. Gervais (1852), p. 225
  6. a et b (fr) Alberto Fortis, Des morceaux de fer travaillé de main d'hommes et des ornitholithes trouvés dans les Carrières de Montmartre, (lire en ligne)
  7. a et b Gervais (1852), p. 228-229
  8. Georges Cuvier, « Sur les ornitholithes de Montmartre », Bulletin des Sciences, par la Société Philomathique de Paris, t. 2, no 42,‎ , p. 129 (lire en ligne)
  9. Georges Cuvier, « Addition à l'article des ornitholithes », Bulletin des Sciences, par la Société Philomathique de Paris, t. 2, no 43,‎ , p. 141 (lire en ligne)
  10. Gervais (1852), p. 225-227
  11. a b et c (en) Jiří Mlíkovský, Cenozoic Birds of the World. Part 1:Europe, Prague, Ninox Press, , 407 p. (lire en ligne), p. 252, 273
  12. (de) Kálmán Lambrecht, Handbuch der Palaeornithologie, Berlin, Gebrüder Borntraeger, , 1024 p., p. 640
  13. (en) Robert Winthrop Storer, chap. 3 « The Classification of Birds », dans Biology and Comparative Physiology of Birds, vol. 1, Alan John Marshall, , 518 p. (DOI 10.1016/B978-1-4832-3142-6.50008-2), p. 57-93
  14. (fr) Jean Brunet, « Oiseaux de l'Éocène supérieur du bassin de Paris », Annales de Paléontologie: Vertébrés, vol. 56,‎ , p. 1-57
  15. (en) Pierce Brodkorb, « Catalogue of fossil birds: Part 5 (Passeriformes) », Bulletin of the Florida State Museum, Biological Sciences, vol. 23,‎ , p. 139-228 (lire en ligne)
  16. (en) Christopher Taylor, « Piciformes », sur Variety of Life, (consulté le 5 décembre 2017)
  17. (en) Colin James Oliver Harrison, « The Upper Eocene birds of the Paris Basin: A brief re-appraisal », Tertiary Research, vol. 2,‎ , p. 105-109
  18. a et b Mayr (1998)
  19. (en) Gerald Mayr et Richard Smith, « Avian remains from the lowermost Oligocene of Hoogbutsel (Belgium) », Bulletin de l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique. Sciences de la Terre, vol. 72,‎ , p. 139-150 (lire en ligne)
  20. Cécile Mourer-Chauviré, « Le gisement du Bretou (Phosphorites du Quercy, Tarn-et-Garonne, France) et sa faune de vertébrés de l'Eocène supérieur. II. Oiseaux », Palaeontographica, série A, vol. 205,‎ , p. 29-50
  21. (en) Gerald Mayr, « The Paleogene fossil record of birds in Europe », Biological Reviews, vol. 80, no 4,‎ , p. 515-542 (DOI 10.1017/S1464793105006779)